Tout est « intelligent » de nos jours : Voici comment la révolution du 5G va changer vos vies

Un pictogramme à l'effigie du 5G : on y voit un individu qui porte des lunettes de réalité virtuelle, un drone, un téléphone dont l'écran affiche une résolution 4K et une tour de téléphonie cellulaire.

Tout est « intelligent » de nos jours : le téléphone, la montre, le téléviseur, le réfrigérateur, la maison et même la ville. Tout cela génère déjà un déluge de données. Mais pour que l’Internet des objets (IdO) prenne vraiment son envol, la planète a maintenant besoin d’un nouveau réseau, le 5G. Radio-Canada s’est entretenue avec des chercheurs canadiens qui travaillent à créer ce réseau de demain.

Avec le déploiement du réseau 5G, qui sera nettement plus rapide que le 4G, l’implantation de l’Internet des objets se fera « très rapidement », soutient Tho Le-Ngoc, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en communication à large bande.

Et puisqu’une « infrastructure comme ça permet de gérer beaucoup, beaucoup de données, ça crée des opportunités d’affaires. On ne peut même pas imaginer toutes les entreprises qui seront créées », lance-t-il avec enthousiasme.

Il a beaucoup de façons d’utiliser le 5G. Certaines qu’on connaît déjà, et certaines dont on n’a aucune idée de ce qu’elles seront! Il reste beaucoup à faire.

Tho Le-Ngoc

L’entreprise ADT, déjà bien établie dans les systèmes de sécurité résidentielle, pourrait par exemple, dit le chercheur, utiliser le 5G pour offrir à un client montréalais en visite aux Bahamas de surveiller sa maison grâce à des capteurs qui l’alerteraient dès que quelqu’un s’en approcherait.

Le professeur au Département de génie électrique et informatique de l’Université McGill donne aussi l’exemple d’une entreprise qui ferait voler des drones et qui offrirait de prendre des photos sur demande.

Le professeur Sofiène Affes, de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), a lui aussi divers exemples du potentiel de ce qu’il appelle « l’industrie 4.0 ».

« Une des applications très attrayantes de la 5e génération sera tout ce qui est réalité virtuelle, réalité augmentée, mixed reality, souligne-t-il, puis tout ce qui est immersion, avec plein d’applications au-delà du divertissement. En santé, des études montrent que ça peut aider des patients. Pour l’industrie, ça peut aider dans le suivi de la production ou de la conception. »

Illustration des différentes composantes de la ville qui pourront bientôt bénéficier de la technologie 5G.

Le 5G permettra bien sûr de connecter les humains, et ce, avec un débit environ 10 fois supérieur au 4G. La technologie mobile permettra aussi de connecter les machines, les voitures autonomes, les objets, les infrastructures d’une ville et permettra même la médecine à distance. Le réseau sera le fer de lance d’une société ultra connectée. Photo : Radio-Canada/Francis Lamontagne

Le 5G incontournable pour répondre à la demande IdO

Un des défis de l’Internet des objets, explique Jean-François Frigon, professeur titulaire en génie électrique à Polytechnique Montréal, est la quantité d’objets qui vont tenter de se connecter à Internet : des téléphones, évidemment, mais aussi énormément de capteurs.

« Avec les véhicules autonomes, par exemple, les capteurs servent notamment à voir l’état des routes et la densité de la circulation », explique-t-il.

Dans une ville intelligente, ces mêmes capteurs pourront aussi servir à mieux contrôler l’éclairage urbain en fonction de la lumière naturelle.

Mais pour l’instant, l’Internet des objets n’est qu’embryonnaire, puisque le réseau 4G est déjà surchargé.

« Nos fréquences de 1 gigahertz ou de 2 gigahertz sont congestionnées et n’offrent pas suffisamment de bande passante », explique le chercheur de Polytechnique Montréal.

D’où l’importance de passer à la génération suivante de réseau sans-fil.

Les fréquences, poursuit M. Frigon, migreront progressivement des ondes micro-ondes vers les ondes millimétriques, ce qui va permettre des « bandes de fréquence plus élevée à 28, 40 voire même 60 gigahertz ».

On change de fréquence avec la cinquième génération. On monte en fréquence, on est à une plus haute altitude. C’est comme si au lieu de parler de façon normale, on allait communiquer avec des ultrasons.

Sofiène Affes

Pas de 5G performant sans un esperanto informatique

L’ampleur du changement à venir est tel qu’il exige, en quelque sorte, la création d’un nouveau langage qui s’impose comme le standard pour le 5G.

« Il faut s’entendre sur un vocabulaire, sur un langage, une grammaire, une conjugaison, un dictionnaire, etc. C’est ça le standard », explique le professeur Affes de l’INRS.

Des chercheurs, des entreprises et des États de partout dans le monde travaillent d’ailleurs, en ce moment même, à développer ce langage, qui deviendra bientôt la colonne vertébrale du réseau 5G ainsi que la technologie qui soutiendra l’économie mondiale de l’information.

« Mais ce n’est pas juste un nouveau langage, poursuit M. Affes. Il faut aussi inventer les outils qui permettront d’articuler ce langage. »

On est carrément en train d’inventer ou de chercher à créer une nouvelle bouche, des nouvelles oreilles, une nouvelle gorge, un nouveau diaphragme pour sortir ce langage. Les défis technologiques sont nombreux.

Sofiène Affes

Quel rôle pour le Canada?

Mais la participation du Canada à la révolution du 5G a de fortes chances de se limiter à la seule contribution intellectuelle de ses chercheurs, et encore. Pour le reste, le pays devra s’en remettre aux autres.

« En tant que chercheurs, explique Jean-François Frigon, on ne peut pas influencer la standardisation, ce sont plus les résultats de notre recherche qui sont ensuite récupérés par l’industrie ».

En effet, comme le rappelle Tho Le-Ngoc, de McGill, ce sont les États et les entreprises qui sont actifs dans l’Union internationale des télécommunications, ou l’on discute des technologies et des standards à adopter, et le coût de participation y est très élevé.

« Par exemple, dit M. Frigon, le fabricant chinois Huwei, qui a investi 2,45 millions dans la Chaire industrielle de recherche sur les technologies sans fil de l’avenir, de Polytechnique Montréal, va financer la recherche, et les résultats vont passer à travers eux pour qu’ils influencent le processus de standardisation ».

C’est donc à travers les fabricants et manufacturiers présents dans le secteur que nos chercheurs, indirectement, sont en train de jouer leur rôle, enchaîne le professeur Sofiène Affes.
Et ces manufacturiers sont pour l’ensemble tous étrangers.

« Il ne faut pas se cacher que l’essentiel des manufacturiers canadiens sont disparus », rappelle M. Frigon.

« Les grandes entreprises canadiennes sont prêtes à passer du 4G au 5G et à fournir les services, car c’est leur pain et leur beurre, poursuit Tho Le-Ngoc, de l’Université McGill, mais j’ai bien peur qu’elles n’investissent pas dans l’infrastructure ».

Je le dis avec regret : je ne suis pas certain qu’on ait formé une masse critique assez importante pour être un acteur important et imposer quoi que ce soit.

Sofiène Affes

« Quand on regarde comment s’est déployé le 4G, le Canada n’a pas joué un rôle de leader, », ajoute M. Frigon. Et rien n’indique que ce sera le cas cette fois.

« Ça prend de la politique »

Et pourtant, tout n’est pas joué. Le Canada pourrait trouver sa place dans cette révolution qui se dessine, mais pour cela, il faudrait une réelle prise de conscience de la classe politique.

Malheureusement, déplore Sofiène Affes, le sujet des technologies de l’information (TIC) n’a jamais été un enjeu « sexy » auprès de nos dirigeants.

Il y a bien certains politiciens qui finissent par comprendre l’importance des TIC, constate M. Affes, « mais malheureusement, on remet tout à zéro lors de chaque changement de gouvernement ».

SI le Canada veut néanmoins occuper une place de choix dans le processus de standardisation et accentuer ainsi son influence, il doit développer une « masse critique » de chercheurs universitaires et industriels autour d’un projet, d’une initiative majeure.

« On le voit en Europe, explique M. Affes. Il y a des appels d’offres pour des projets multi-institutionnels, on parle de dizaines d’universités qui travaillent avec l’industrie. Il y a carrément la construction de démonstrateurs, ils injectent des dizaines de millions de dollars, il y a des labos au Royaume-Uni, en France, et c’est souvent financé par les grandes entreprises comme Samsung, Huawei. »

Au Canada, il n’existe rien de commun. « Ça reste une collaboration au niveau individuel, et encore, dit le professeur. Le plus qu’on peut obtenir, c’est quatre ou cinq universités qui collaborent ensemble dans un réseau stratégique, dans un centre de recherche. »

Quant à Tho Le-Ngoc, à l’Université McGill, son travail dans le développement du 5G est déjà terminé. « En fait, je suis déjà rendu plus loin que la 5G, parce qu’elle commencera en 2020, si le processus de standardisation suit son cours. Nous sommes maintenant à la recherche de la 6G. C’est maintenant ma mission de réfléchir à ça. »

article source: Radio Canada

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Auteur : 24hmagazine

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