L’apocalypse va-t-elle arriver? peut-on s’en protéger?

Retranchés dans leur bunker, armés jusqu’aux dents… En 2018, ceux qui ont choisi de vivre en mode survie ont peu à voir avec cette caricature. Et puis, après tout, a-t-on encore des raisons de craindre la fin de la civilisation? Spoiler: oui.

Et puis soudain... plus rien. | Hans Eiskonen via Unsplash License by: La fin du monde, cette possibilité qui nous répulse et nous fascine

Dans le quotidien de Thomas, 35 ans, il y eut d’abord «le ciel toujours gris et le stress de la vie» de la banlieue nord de Paris. Et puis un jour, sur un coup de tête, il a tout plaqué pour partir à l’autre bout de la France, du côté de Perpignan. Mais il n’a pas seulement troqué la grisaille parisienne pour des cieux plus cléments: il a radicalement bouleversé son mode de vie. Dorénavant, Thomas est survivaliste.

Partage, transmission et indépendance

Sur le terrain qu’il a acheté, il vit en quasi-autarcie: autosuffisant en eau et bientôt en alimentation grâce à son potager et son verger, Thomas produit aussi sa propre énergie. Pour «pas plus de 400 balles», il s’est installé un panneau solaire avec lequel il fait tourner un petit frigo. Ne percevant aucun salaire mensuel, il doit compter sur les nombreuses économies réalisées grâce à ses nouvelles habitudes. Et quand cela ne suffit pas, il fait les vendanges ou travaille à la journée dans les fermes environnantes.

Lorsque nous le contactons, il vient de faire l’acquisition de plusieurs pieds de tomates –un troc avec l’une de ses voisines. Partage et indépendance sont parmi les valeurs qui lui tiennent le plus à cœur dans le survivalisme. L’aspect défensif lui plaît moins. Cela lui rappelle trop «les paranos quasi psychotiques» des États-Unis et il ne croit pas à la menace d’une guerre nucléaire. Quand nous lui demandons s’il est armé, Thomas reconnaît toutefois avoir un arc en sa possession. «C’est légal et seulement au cas où », précise-t-il. Le vrai danger pour lui, c’est «l’extinction massive des animaux, la disparition des abeilles et tout ce que cela implique sur la pollinisation.» Aujourd’hui, Thomas, qui ne regrette «absolument rien de sa vie d’avant», a régulièrement sa fille en garde. La transmission, il y pense beaucoup. C’est d’ailleurs pour elle qu’il a planté tous ces arbres dans le verger.

Pêche, cueillette… et techniques de combat

Frédéric, ancien des Forces Spéciales, nous parle aussi de frugalité, de son goût pour la vie simple. D’après lui, pas besoin de chercher bien loin les origines du survivalisme à la française. Il évoque le mode de vie de ses grands-parents:

«Lorsque le système électrique était en panne, ils stockaient des bougies; et s’ils se retrouvaient bloqués par la neige, ils avaient tout ce qu’il fallait en réserve.»

Le système D en somme… Pour Frédéric, le survivalisme, «c’est une assurance vie… en mieux!». Une vision qu’il partage lors des stages de survie qu’il organise. Le public est varié: «Des hommes, des femmes, issus de toutes les catégories sociales, tout corps de métiers confondus», nous assure-t-il. Durant quelques journées de bivouac, pour un peu moins de 100 euros, ils pourront s’initier à la pêche, à la cueillette, et aux techniques de camouflage ou de combat.

Dédiaboliser

Si cela fait déjà quelques décennies que le survivalisme a le vent en poupe, depuis environ six ans, le mouvement semble s’être amplifié. Difficile à quantifier, la communauté survivaliste, à en croire le nombre de groupes Facebook et de forums sur le sujet, s’élèverait, rien qu’en France, à un peu plus de 100.000 personnes.

Un chiffre en constante augmentation, comme nous le confirme Clément Champault, l’un des trois fondateurs du Salon du Survivalisme, qui se déroulera du 23 au 25 mars prochain à Paris, Porte de la Villette. Conçu avec l’envie de «faire émerger un mouvement», il accueillera conférenciers et exposants autour de questions aussi diverses que celles de l’agriculture urbaine, de l’énergie hydrolienne ou de la self-defense. Pour Clément Champault, beaucoup de gens sont d’ailleurs «survivalistes sans le savoir». Il espère que le salon sera l’occasion de «dédiaboliser» un mouvement qui a souvent mauvaise presse.

Pour mieux comprendre cette image négative, il suffit de se replonger dans les débuts du survivalisme, au pays qui l’a vu naître…

Les puissants de ce monde sont déjà en train de se protéger

C’est dans les années 1950 qu’apparaît la figure du «prepper» américain, terme dérivé de «prepping» (diminutif informel de «se préparer»). Le prepper lambda se construit un abri antiatomique, entouré de boîtes de conserves, d’armes et de munitions. À l’époque, ce comportement s’explique par le durcissement des relations américano-soviétiques, cette «guerre froide» qui fait planer la menace d’une attaque nucléaire.

Depuis, le survivalisme n’a cessé de prospérer pour plusieurs motifs. Aujourd’hui, les preppers redoutent moins un bombardement atomique que les catastrophes environnementales (les ouragans Katrina et Sandy en 2005 et 2012 ou Irma en 2017), économiques (la crise des subprimes de 2008), la menace terroriste engendrée par l’attentat du 11 septembre 2001, ou encore les peurs politiques liées aux élections d’Obama et de Trump, après lesquelles le survivalisme a repris du poil de la bête.

Récemment, c’est le profil de nouveaux adeptes qui a intrigué la presse. Le survivalisme fait désormais des émules chez les grands patrons de la Silicon Valley. En 2015, Steve Huffman, CEO du site web communautaire Reddit, confiait s’être fait opérer des yeux, afin, dit-il, de «maximiser ses chances de survie», car il s’estimait perdu sans ses lunettes ou ses lentilles de contact. Antonio Garcia Martinez, ex-dirigeant de Facebook, a acheté un terrain sur une île déserte du Pacifique qu’il a équipé en énergie solaire et en armes de pointe. En 2017, c’est au tour de Peter Thiel, cofondateur de PayPal, de se prémunir contre l’apocalypse, via l’acquisition d’un somptueux manoir de 190 hectares au sud de la Nouvelle-Zélande, avec l’espoir de pouvoir «s’y barricader le jour J».

Quand la survie devient spectacle

Une mouvance qui ne gagne pas seulement du terrain auprès des «rich & wealthy». La mode du post-apocalyptique a aussi envahi la pop culture. Dans le cinéma, on ne compte plus les productions jouant sur ce thème, qu’il s’agisse d’une pandémie (28 days plus tard, L’armée des 12 singes), d’une infertilité de masse (Les fils de l’Homme), d’une déferlante de zombies (The Walking Dead, L’armée des morts) ou d’une errance solitaire dans un monde dévasté (Je suis une légende). Dans La Route, film de 2009 adapté du roman de Cormac McCarthy, Viggo Mortensen incarne un père-courage dont on suit la longue errance avec son fils sur les routes désolées des États-Unis, dans un monde d’après la civilisation, violent, amoral et profondément dérangeant.

article source:Slate

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Auteur : 24hmagazine

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